{"id":1280,"date":"2012-11-26T02:56:37","date_gmt":"2012-11-26T00:56:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.masog.net\/?p=1280"},"modified":"2012-11-26T02:56:37","modified_gmt":"2012-11-26T00:56:37","slug":"la-nuit-du-destin","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/masog.net\/wordpress\/2012\/11\/26\/la-nuit-du-destin\/","title":{"rendered":"La nuit du destin"},"content":{"rendered":"<p>Lecteur, je t&rsquo;ai promis une aventure, voici donc le r\u00e9cit d&rsquo;une de mes soir\u00e9es.<br \/>\nJe revenais de Paris, et montais les marches me conduisant au m\u00e9tro parisien, familier. Il \u00e9tait fort tard et il ne me restait plus qu&rsquo;\u00e0 attendre le dernier train, celui qui ramasse jusqu&rsquo;\u00e0 chez eux&#8230; h\u00e9 bien, les gens comme moi.<br \/>\nC&rsquo;est d\u00e9pit\u00e9 et en proie \u00e0 un l\u00e9ger vertige que je m&rsquo;adossais \u00e0 un banc. Que ce soit clair, je n&rsquo;\u00e9tais pas ivre ni rien, m\u00eame si j&rsquo;avais sans doute un peu bu. J&rsquo;ai dit mont\u00e9 les marches, parce que c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 la Chapelle.<br \/>\nJe baissais la t\u00eate et commen\u00e7a \u00e0 ruminer sur ma vie. Pour r\u00e9sumer une longue histoire sans avenir, les choses ne se d\u00e9roulaient pas tout \u00e0 fait comme j&rsquo;avais pu l&rsquo;imaginer enfant. Il me manquait quelque chose, un vide \u00e0 remplir, mais rien ne semblait me d\u00e9cider \u00e0 faire le pas qui changerait les choses.<br \/>\nJe sortis un petit carnet, j&rsquo;en avais toujours un sur moi, et commen\u00e7ais \u00e0 griffonner mais rien ne vint. Je tentais de dessiner la gare, mais ne produisis que des gribouillis. Oui, il me manquait quelque chose.<br \/>\n\u00ab\u00a0Tu devrais laisser quelques crayons \u00e0 ce gamin. Lui donner de la smurfettamine.\u00a0\u00bb<br \/>\nUn barbu gris comme Gandalf venait de faire son apparition. J&rsquo;aurai jur\u00e9 \u00eatre seul. Mais il y a toujours des gens bizarres quand on prend le dernier train, c&rsquo;est compris dans le service.<br \/>\n\u00ab\u00a0Euh, bonjour?\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Dessiner des Schtroumphs et baiser. Le d\u00e9s\u00e9quilibre de ta g\u00e9n\u00e9ration vient de l\u00e0. Pas de secret de la vie, de romance n\u00e9oromantique n\u00e9cromantique ou d&rsquo;op\u00e9ration ill\u00e9gale des gobelins du Kremlin. \u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0&#8230; Pardon?\u00a0\u00bb<br \/>\nJe le d\u00e9visageai.<br \/>\nL&rsquo;inconnu semblait amical et saoul, un sourire lui rayait un visage \u00e0 moiti\u00e9 recouvert de long cheveux et d&rsquo;une barbe hirsute, des bras blancs d\u00e9passant d&rsquo;un simple T-shirt gris. Je remarquais aussi des bagues \u00e0 ses doigts, et une chaussette qui d\u00e9passait de sa poche gauche. Un torque vaguement celtique repr\u00e9sentant un serpent se mordant la queue ceignait sa poitrine.<br \/>\n\u00ab\u00a0Je suis la Page 404 de l&rsquo;univers. Tu es comme un clou qui croit que la vie lui a offert un panier de marteaux. Tu as \u00e9chou\u00e9 ici parce que tu ne sais pas o\u00f9 aller. Tu as besoin de schtroumpher, mon gars.\u00a0\u00bb<br \/>\nMes pens\u00e9es n&rsquo;\u00e9taient plus tr\u00e8s claires, je n&rsquo;\u00e9tais pas certain de bien entendre ce qu&rsquo;il disait, d&rsquo;autant que l&rsquo;homme parlait avec un accent Cajun \u00e0 couper Hokuto. Pffou.<br \/>\nJe reniflais. C&rsquo;est qu&rsquo;il faisait froid.<br \/>\n\u00ab\u00a0Faut qu&rsquo;tu t&rsquo;mouches. Tu veux un mouchoir?\u00a0\u00bb<br \/>\nHum, non, un accent belge vaguement am\u00e9ricanis\u00e9. Je devais \u00eatre plus atteint que je ne le pensais.<br \/>\nAvant que j&rsquo;ai pu refuser, l&rsquo;homme avait fait appara\u00eetre un mouchoir propre sous mes yeux. Je le pris avec h\u00e9sitation, mais la morve commen\u00e7ait \u00e0 couler vers le sol. Je me mouchais, pendant qu&rsquo;il s&rsquo;asseyait \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s, et \u00e9cartait les jambes en prenant ses aises. Le l\u00e9ger froid tombant de l&rsquo;ouverture au dessus de nos t\u00eates ne l&rsquo;atteignait visiblement pas.<br \/>\n\u00ab\u00a0Je ne comprends pas, m&rsquo;sieur&#8230;\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Il n&rsquo;y aura pas de strip-teaseuse \u00e0 tes fun\u00e9railles, voil\u00e0 ce que tu ne veux pas savoir, po\u00e8te illettr\u00e9. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00e9cole pour apprendre aux albatros \u00e0 voler, pas d&#8217;embargo sur les crapauds, pas d&rsquo;\u00e9viction de bernard-l&rsquo;hermite.\u00a0\u00bb<br \/>\nPiqu\u00e9 par son enthousiasme, je d\u00e9cidais d&rsquo;entrer dans son jeu. O\u00f9 \u00e9tais le mal?<br \/>\n\u00ab\u00a0Qu&rsquo;en savez-vous?\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 comme toi autrefois et puis je me suis enfui pour m&rsquo;\u00e9chapper. J&rsquo;ai vadrouill\u00e9 mais j&rsquo;\u00e9tais partout. Alors j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 encore plus loin, me perdre l\u00e0 o\u00f9 je ne me retrouverais jamais. Et j&rsquo;y suis arriv\u00e9. Je l&rsquo;ai rencontr\u00e9 au Japon. Elle. Ma Muse. Tr\u00e8s vite elle m&rsquo;a convaincu de vivre l&rsquo;instant pr\u00e9sent.\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0J&rsquo;ai fum\u00e9 de l&rsquo;Eucalyptus atomique lors de cette soir\u00e9e, ce mariage mystique. Hiroshima, mon amour. Cette nuit, c&rsquo;\u00e9tait comme un No\u00ebl masochiste. La mari\u00e9e m&rsquo;a roul\u00e9 dessus comme un Le Clerc en d\u00e9monstration devant des saoudiens. J&rsquo;\u00e9tais pr\u00eat \u00e0 donner naissance \u00e0 une brigade d&rsquo;enfants hideux. Et puis \u00e7a a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;incident, comme un slip souill\u00e9 par Satan. Je blame le Sake.\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Ok&#8230;\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Je ne l&rsquo;ai jamais retrouv\u00e9e. J&rsquo;ai \u00e9cum\u00e9 tous les bars du coin, parcouru les 7 bi\u00e8res, connu toutes les baleines terrestres d&rsquo;ici \u00e0 Shangai. Jamais je ne revis l&rsquo;amour de ma nuit. J&rsquo;ai surv\u00e9cu \u00e0 un carnage sur une autoroute \u00e0 duels au Mexique, aid\u00e9 la F\u00e9e de Santa \u00e0 repousser les pseudopodes d&rsquo;un Bukkake cosmique dans les abysses de Santa-Fe, \u00e9vit\u00e9 les balles de Minuit gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9thode Socratique. Mais c&rsquo;est sans importance: je n&rsquo;ai jamais renonc\u00e9. C&rsquo;est comme une \u00e9rection permanente, je me rel\u00e8verais toujours, Priape face au destin. \u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0D\u00e9sol\u00e9, mais j&rsquo;comprends pas&#8230;\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Personne ne peut \u00eatre le meilleur en tout, tu ne peux pas tout faire. Jamais tu ne verras un coucher de Soleil sur Mars. Jamais Obama ne remportera American Idol ou le Prix Nobel.\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0En fait, il l&rsquo;a eu, le Nobel&#8230;\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Et alors? Tu le veux pas, le Nobel. Tu veux sacrifier une chinoise aux yeux verts, chasser une Baleine blanche, voir arriver Godot.\u00a0\u00bb<br \/>\nOh, je commen\u00e7ais \u00e0 voir arriver une le\u00e7on de morale d&rsquo;un vieux \u00e0 un jeune. Il me tapait soudain sur le syst\u00e8me, comme un couteau tourn\u00e9 dans une blessure narcissique.<br \/>\n\u00ab\u00a0Si vous me dites que l&rsquo;important n&rsquo;est pas la destination mais le chemin, je vais arracher ce banc et vous faire avaler votre euro-bouddhisme sous acide.\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Ne sois pas agressif, l&rsquo;alphabet de la d\u00e9rision post-moderne te rendra d\u00e9gressif, et ainsi de suite jusqu&rsquo;\u00e0 z-gressif. N&rsquo;esp\u00e8re pas voir d\u00e9barquer des talibang\u00e9listes pour te donner une \u00e9piphanie, ces pr\u00e9dictions d&rsquo;oracles sont des mensonges qui se transforment en v\u00e9rit\u00e9 au prix de ta libert\u00e9. C&rsquo;est \u00e0 cause de \u00e7a que ce petit encul\u00e9 de sa m\u00e8re d&rsquo;Oedipe s&rsquo;est br\u00fbl\u00e9 les ailes.\u00a0\u00bb<br \/>\nPutain, quel malpoli.<br \/>\n\u00ab\u00a0C&rsquo;\u00e9tait Icare, non?\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0C&rsquo;est aussi important que le dernier caca du F\u00fchrer. Concentre-toi. Les communistes ont fait tant d&rsquo;efforts pour aller dans l&rsquo;espace les premiers, mais aucun Ange n&rsquo;\u00e9tait ouvrier. Ce miracle inutile n&rsquo;a lieu qu&rsquo;une fois, trouves ta propre voix et chante. Grave un Phoenix sur l&rsquo;\u00e9p\u00e9e, mets un dieu dans un bol, un \u00e9l\u00e9phant dans une tour. Tout, plut\u00f4t que de continuer ainsi.\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Sinon le d\u00e9pit te rongera et ta bouche se transformera en sortie d&rsquo;usine \u00e0 fabriquer des cendres, semblables aux l\u00e8vres infest\u00e9es d&rsquo;Herpes d&rsquo;un clown d\u00e9posant un dernier baiser sur les restes du b\u00fbcher d&rsquo;une loyale prostitu\u00e9e, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e sur le tournage du porno \u00ab\u00a0X -Laden et les maris infid\u00e8les\u00a0\u00bb. Tu seras semblable \u00e0 tous ces gens qui travaillent \u00e0 rien en attendant la pause caf\u00e9 pour vomir sur leurs camarades de grise-vie.\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Mais, mais je ne sais pas comment faire! Si j&rsquo;\u00e9tais vraiment passionn\u00e9, j&rsquo;aurais d\u00e9j\u00e0&#8230;\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Tu rates le point de la vie, parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de point. \u00catre passionn\u00e9, le meilleur \u00e0&#8230; \u00e0 quoi? C&rsquo;est une perte de temps. Disons-que tu sois le plus populaire chanteur de grunge, qu&rsquo;est-ce que tu as accompli? La gloire? Elle n&rsquo;arr\u00eate pas les balles.<br \/>\nUn jour un type a frapp\u00e9 \u00e0 ma porte. Knock, Knock. C&rsquo;est qui? Le meilleur joueur d&rsquo;Ultimate du monde. Qui \u00e7a? Personne ne s&rsquo;int\u00e9resse aux championnats de frisbee, bonhomme.<br \/>\nPersonne ne conna\u00eet ta t\u00eate. Tu es comme ce type, ta tronche est noy\u00e9e dans un oc\u00e9an de visages. Aimes-la parce que c&rsquo;est la tienne. Il y a des gens qui gagnent \u00e0 la loterie. La loterie g\u00e9n\u00e9tique, ces types sont plus beaux que toi et ils font la f\u00eate plus durement que toi, et le matin ils sont quand m\u00eames meilleurs que toi en tout. La loterie parentale, et ils sont de bons parents et sont heureux ensemble m\u00eame dans l&rsquo;adversit\u00e9. La loterie g\u00e9ographique, parce que la plupart des pays sont franchement \u00e0 chier, et ici on peut encore discuter avec un inconnu de ses probl\u00e8mes. En Ecuador, on m&rsquo;a vol\u00e9 un rein. Tu m&rsquo;\u00e9coutes ou tu dors, dis? H\u00e9, ho, dring!\u00a0\u00bb<br \/>\nDring?<br \/>\nDriiiing, driiiing.<br \/>\nEt je me suis r\u00e9veill\u00e9, refroidi sur le banc d&rsquo;un quai d\u00e9sert. La clameur du vieillard s&rsquo;\u00e9tait tue, le souvenir de ses cris \u00e0 mes oreilles et le silence me couvraient comme deux manteaux tiss\u00e9s de contradictions. Mon aventure n&rsquo;\u00e9tait donc qu&rsquo;une hallucination, j&rsquo;avais parl\u00e9 \u00e0 un r\u00eave le temps d&rsquo;une fausse \u00e9ternit\u00e9. L&rsquo;horloge en face de moi prouvait du reste qu&rsquo;une demi-heure \u00e0 peine s&rsquo;\u00e9tait \u00e9coul\u00e9e.<br \/>\nPourtant, je peinais \u00e0 trouver \u00e0 ce monde plus de r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 mon songe d&rsquo;une nuit p\u00e9t\u00e9e. C&rsquo;\u00e9tait \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence une folie morph\u00e9\u00efque, en v\u00e9rit\u00e9 tout ce discours avait \u00e9t\u00e9 si \u00e9trange et bizarre&#8230; nom d&rsquo;un p&rsquo;tit boulon!<br \/>\nJe bondis, regardant l&rsquo;objet gluant coll\u00e9 \u00e0 mon poing serr\u00e9. Je le levais dans la p\u00e2le lumi\u00e8re \u00e9lectrique qui me baignait vaguement: un mouchoir usag\u00e9.<br \/>\nDevant moi attendaient les portes ouvertes du train qui me ram\u00e8nerait \u00e0 la maison.<br \/>\nJe fis un pas en avant, et su que je ne m&rsquo;arr\u00eaterais plus jamais.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lecteur, je t&rsquo;ai promis une aventure, voici donc le r\u00e9cit d&rsquo;une de mes soir\u00e9es. Je revenais de Paris, et montais les marches me conduisant au m\u00e9tro parisien, familier. Il \u00e9tait fort tard et il ne me restait plus qu&rsquo;\u00e0 attendre le dernier train, celui qui ramasse jusqu&rsquo;\u00e0 chez eux&#8230; h\u00e9 bien, les gens comme moi. 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