{"id":16,"date":"2007-06-17T21:26:30","date_gmt":"2007-06-17T19:26:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.masog.net\/bd\/?page_id=16"},"modified":"2007-06-17T21:26:30","modified_gmt":"2007-06-17T19:26:30","slug":"blanc-ecrit-par-eddy-van-leffe","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/masog.net\/wordpress\/textes\/blanc-ecrit-par-eddy-van-leffe\/","title":{"rendered":"BLANC"},"content":{"rendered":"<p align=\"center\"><em>\u00c9crit par Eddy van leffe. <\/em><\/p>\n<p align=\"center\"><font size=\"6\">BLANC.<\/font><\/p>\n<p align=\"center\"><em>Blanc comme une lumi\u00e8re aveuglante d&rsquo;un phare<\/em><br \/>\n<em>Blanc comme le sable pur des d\u00e9serts berb\u00e8res.<\/em><br \/>\nEstelle marchait pieds nus sur ce sable. Elle souriait \u00e0 l&rsquo;homme en face d&rsquo;elle. Celui-ci la devan\u00e7ait toujours par sa d\u00e9marche alti\u00e8re. Ses dents d&rsquo;une blancheur \u00e9clatantes que seules ont ces stars hollywoodiennes, lui envoyaient constamment un sourire d&rsquo;encouragement. Elle le suivait lentement, pourtant elle s&rsquo;accrochait et faisait un effort pour maintenir l&rsquo;allure.<br \/>\nL&rsquo;acteur lui tendit la main, mais elle la refusa. Toute sa vie, elle avait    refus\u00e9 l&rsquo;aide des autres. Elle avait v\u00e9cu jusqu&rsquo;ici une vie certes d\u00e9munie mais    droite et fi\u00e8re. Alors elle lui renvoya son sourire et endura comme d&rsquo;habitude    son sort en silence. Apr\u00e8s tout, on \u00e9tait dans un film non?<br \/>\nLa lumi\u00e8re s&rsquo;engouffrait partout et Estelle n&rsquo;\u00e9tait m\u00eame plus s\u00fbre de poss\u00e9der    une ombre.<br \/>\n-N&rsquo;ai pas peur, lui dit l&rsquo;acteur. Le monde n&rsquo;est pas si effrayant que cela!<br \/>\nLes moustaches charmeuses de ce dernier lui surlignaient le sourire. Et Estelle    marchait encore.<br \/>\nElle avait toujours redout\u00e9 quelque chose de la vie, un peu comme si elle \u00e9tait    un animal fabuleux et malfaisant. Sa vie avait \u00e9t\u00e9 parsem\u00e9e de gorgones et de    p\u00e8res fouettards. D&rsquo;ailleurs, Estelle ne savait plus quand elle avait commenc\u00e9    \u00e0 avoir peur. Etait-ce \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole? Ou \u00e0 la naissance? Tout cela remontait \u00e0 trop    loin pour que quelconque m\u00eame Freud puisse s&rsquo;y int\u00e9resser. Toutes \u00e0 son parcours    ardu dans un d\u00e9sert inconnu, elle voulait suivre cet acteur gomin\u00e9 comme dans    les ann\u00e9es cinquante, mais elle se souvenait quand m\u00eame d&rsquo;une cicatrice.<br \/>\nElle n&rsquo;avait pas connu la guerre, mais celle ci avait laiss\u00e9 des traces plus    horribles dans le c\u0153ur de ses parents que celles qu&rsquo;on aime voir sur les murs    des \u00e9glises bombard\u00e9es pour y croire qu&rsquo;on aurait pu y \u00eatre. Petite, chaque    fois qu&rsquo;on frappait \u00e0 la porte le silence s&rsquo;abattait comme un couperet dans    le doux foyer en reconstruction. Elle et ses s\u0153urs regardaient ses parents \u00e9changer    la peur de leurs regards. L&rsquo;attente semblait se d\u00e9rouler comme de la soie. D&rsquo;autres    coups r\u00e9sonnaient \u00e0 la chambranle mais personne n&rsquo;osait bouger de peur d&rsquo;inviter    le danger \u00e0 manger \u00e0 la maison. Ses parents revoyaient sans doute le soldat    de la Kommandantur. Ses s\u0153urs comme elle, avaient pris l&rsquo;habitude de l&rsquo;inqui\u00e9tude    sans trop savoir pourquoi. Enfin l&rsquo;inconnu s&rsquo;annon\u00e7ait et la vie reprenait comme    une cassette que l&rsquo;on avait mise sur pause. Mais parfois, dans son lit Estelle    se demandait quelle abomination derri\u00e8re une porte pouvait terroriser \u00e0 ce point.<br \/>\nPour s&rsquo;harmoniser avec ses pens\u00e9es, une porte \u00e9tait apparue en plein milieu    du d\u00e9sert. Clark Gable s&rsquo;y tenait impeccable, emmenant Estelle avec lui. Galvanis\u00e9e    par cet homme de si belle prestance m\u00eame en lieu si inhospitalier, elle marchait    de plus belle dans ce sable mou et l\u00e9ger qui semblait s&rsquo;envoler de dessous ses    pieds. Aupr\u00e8s d&rsquo;un partenaire pareil, toutes les femmes m\u00eame les f\u00e9ministes    veulent \u00eatre Gr\u00e2ce Kelly voire Ava Gardner s&rsquo;il le faut. Estelle \u00e9tait \u00e0 pr\u00e9sent    une aventuri\u00e8re et elle n&rsquo;aurait plus peur d&rsquo;une vulgaire porte.<br \/>\nLa pluie cinglait la rue grise de l&rsquo;autre cot\u00e9 de ce d\u00e9cor. C&rsquo;\u00e9tait un autre    film qui se jouait, mais celui ci \u00e9tait familier et beaucoup moins plaisant.    Les acteurs \u00e9taient des gamins et des gamines qui couraient le long des ces    deux trottoirs parall\u00e8les et sans fin. C&rsquo;\u00e9tait bruyant et brouill\u00e9 par la pluie.    Estelle voyait mal mais distinguait quand m\u00eame cette gosse en v\u00eatements d&rsquo;\u00e9t\u00e9    qui grelottait sous le vernis de l&rsquo;amusement naturel de cet \u00e2ge. Elle devinait    que la petite ne savait pas o\u00f9 elle mangerait le soir mais qu&rsquo;elle savait d\u00e9j\u00e0    ce qu&rsquo;elle mangerait: des patates. Des patates ce soir l\u00e0, le lendemain, la    semaine, le mois, l&rsquo;ann\u00e9e \u00e0 venir et encore bien d&rsquo;avantage. A cette \u00e9poque    les gens \u00e9taient comme leur d\u00e9cor: monochrome. Leur avenir sans couleurs. Le    sien? A quoi bon y penser ! Elle se retourna vers la star am\u00e9ricaine et lui    fit comprendre qu&rsquo;elle connaissait d\u00e9j\u00e0 le film et que la fin ne l&rsquo;int\u00e9ressait    plus. Clark referma la porte, le \u00ab\u00a0sourire people\u00a0\u00bb toujours pr\u00e9sent.<br \/>\n&#8211; Ces ann\u00e9es \u00e9taient dures pour tous.<br \/>\nA cette r\u00e9flexion, Estelle se sentit pour une fois concern\u00e9e par le terme \u00ab\u00a0tous\u00a0\u00bb.    Mais encore tous ces souvenirs n&rsquo;avaient plus rien de douloureux. Plus rien    de dangereux. Ils s&rsquo;effa\u00e7aient doucement avec la brise l\u00e9g\u00e8re que balayait ses    cheveux. Elle r\u00e9fl\u00e9chit un instant. Pourquoi avait-elle si peu de couleurs dans    son pass\u00e9 ? Elle savait que les r\u00eaves \u00e9taient r\u00e9put\u00e9s pour \u00eatre noirs et blancs,    mais les souvenirs\u2026 plus ils \u00e9taient anciens, plus ils \u00e9taient ternes. A croire    que la couleur \u00e9tait venue dans sa vie en m\u00eame temps que la t\u00e9l\u00e9vision. Elle    avait toujours ch\u00e9ri cet objet. Cette lucarne lui donnait de beaux r\u00eaves color\u00e9s    sans qu&rsquo;elle ait besoin de g\u00e9nie ou de drogue pour y parvenir. Et puis c&rsquo;\u00e9tait    moins cher quand m\u00eame. La t\u00e9l\u00e9 a toujours \u00e9t\u00e9 la lumi\u00e8re des gens seuls, le    chien parlant qui ne mange pas. La compagnie qui ne nous contrarie jamais. Et    puis elle avait fini par \u00eatre r\u00e9compens\u00e9 puisqu&rsquo;elle suivait cet homme si charmant,    si \u00ab\u00a0bon chic, bon genre\u00a0\u00bb, qui lui rappelait \u00e0 la fois Gabin, et Erol Flynn.    Elle \u00e9tait pass\u00e9 de l&rsquo;autre cot\u00e9 de l&rsquo;\u00e9cran et pour la premi\u00e8re fois de sa vie    elle n&rsquo;avait plus honte d&rsquo;\u00eatre-t-elle. La lumi\u00e8re blanche de ce soleil avait    tout gomm\u00e9 sur le sable semblable \u00e0 une feuille \u00e0 dessin blanche, vierge de    tout trait. Pure!<br \/>\nL&rsquo;adolescence est remplie de bons moments, et Estelle songeait qu&rsquo;Anne Frank    serait s\u00fbrement d&rsquo;accord avec \u00e7a. Il y a toujours un gar\u00e7on qui fait que cela    valait le coup d&rsquo;\u00eatre v\u00e9cu. Toujours une passion, un feu qui nous fait avancer    \u00e0 cet \u00e2ge l\u00e0. L&rsquo;espoir!<br \/>\nC&rsquo;est la perte progressive de l&rsquo;espoir et de toute sorte de sentiments captivants    qui caract\u00e9rise l&rsquo;entr\u00e9e dans cet \u00e2ge adulte froid et d\u00e9j\u00e0 si proche de la mort.    Elle repensait soudain \u00e0 celui qui l&rsquo;avait jadis fait sourire. Qu&rsquo;\u00e9tait-il devenu?    Le c\u0153ur d&rsquo;Estelle saigna pour la premi\u00e8re fois depuis lors comme pour expulser    un mal, comme pour gu\u00e9rir. Oui elle avait \u00e9t\u00e9 heureuse en ce temps l\u00e0. Puis    elle referma \u00e9go\u00efstement sa petite boite de pandore pour y conserver encore    un peu de cette jeunesse qu&rsquo;elle ne se souvenait plus vraiment d&rsquo;avoir eue.    Comme si elle l&rsquo;avait vue \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, comme si c&rsquo;\u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre.    Un accent, un regard, une odeur et voil\u00e0, cela suffisait.<br \/>\nAujourd&rsquo;hui pourtant, elle avait de nouveau cette sensation d&rsquo;avancer. Bien    s\u00fbr, c&rsquo;\u00e9tait dans ce sable en suivant son vaillant mousquetaire hollywoodien,    mais elle avan\u00e7ait vers son avenir, se d\u00e9barrassant un par un de tout ce qui    l&rsquo;encombrait dans sa t\u00eate tels de vulgaires oripeaux tombant par la seule force    de son avanc\u00e9e.<br \/>\nUne autre porte faisait mine de lui barrer la route mais rien ne pouvait la    s\u00e9parer de son nouveau h\u00e9ros. Alors Estelle la traversa comme du papier. Elle    vit un mariage terne et de nouveau sans couleur, presque un mariage blanc. Pour    fuir des parents trop autoritaires et somme toute voleurs, pour \u00eatre enfin libre,    pour prouver au monde qu&rsquo;on peut \u00eatre comme tout le monde. Un mariage comme    tous les autres: sans amour r\u00e9el. Juste un moment o\u00f9 l&rsquo;on fait semblant d&rsquo;\u00eatre    heureux pour ressembler \u00e0 tout le monde, juste un moyen de se conformer pour    se sentir en s\u00e9curit\u00e9 parmi ses semblables. Un faux moyen de s&rsquo;int\u00e9grer. Pourtant,    si elle avait maintes fois regrett\u00e9 ce \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb qui l&rsquo;avait faite prisonni\u00e8re,    elle pensait \u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 toutes ces Eleanor Rigby qui attendaient toutes leurs    vies un moment comme celui ci. Apr\u00e8s tout, elle n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 si malheureuse    que \u00e7a. Rien qui ne valait d&rsquo;\u00e9crire un roman. En fermant les yeux ce jour l\u00e0    ne paraissait plus si amer.<br \/>\nL&rsquo;homme qui affinait sa moustache devant elle, lui tendit la main pour la reconduire    de plus bel sous l&rsquo;\u00e9blouissant soleil du d\u00e9sert. Il la regarda gentiment et    lui dit d&rsquo;une voix douce:<br \/>\n&#8211; Vous \u00e9tiez ravissante ce jour l\u00e0, une vraie princesse!<br \/>\n&#8211; Malheureusement cela n&rsquo;a pas vraiment dur\u00e9.<br \/>\n&#8211; Bah! Tout le monde divorce de nos jours!<br \/>\n-Vous avez sans doute raison. Mais dites moi vous savez o\u00f9 nous sommes?<br \/>\n&#8211; Moi? Hahaha! Je ne sais m\u00eame pas qui je suis, ni m\u00eame \u00e0 quoi je ressemble.    Pouvez vous me le dire? Il avait en effet une t\u00eate \u00e0 \u00eatre pass\u00e9 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, un    commissaire c\u00e9l\u00e8bre peut-\u00eatre!!<br \/>\n-Non! Mais je vous aime comme \u00e7a, vous me plaisez \u00e9norm\u00e9ment.<br \/>\nIl rayonna avant de r\u00e9pondre.<br \/>\n-Je sais.<br \/>\nS&rsquo;en suivit une vie maritale normale: une lune de miel au loin qui fut son    unique voyage, des enfants qui n&rsquo;eurent aucun dipl\u00f4mes, des ma\u00eetresses inopportunes.    Bref tout gratifier son ego. Elle avait v\u00e9cu les ann\u00e9es de sa vie dans un brouillard    constant; \u00e0 cot\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements, en marge du si\u00e8cle. Ses propres soucis la contraignant    \u00e0 l&rsquo;\u00e9go\u00efsme.<br \/>\nUn jour une ma\u00eetresse emporta le mari. Les enfants se mari\u00e8rent pour simuler    le bonheur \u00e0 leurs tours. Ils venaient parfois lui rendre visite pour lui donner    leurs enfants en gage pendant qu&rsquo;ils s&rsquo;accordaient une pause souvent d&rsquo;une semaine    ou deux. Elle avait \u00e9videmment quelque fois l&rsquo;impression qu&rsquo;on lui d\u00e9niait certaines    choses importantes comme le respect ou l&rsquo;amour. On lui rendait visite tant qu&rsquo;elle    avait une utilit\u00e9. On lui souriait, lui offrait m\u00eame des chocolats-et des bons-mais    elle n&rsquo;aimait pas l&rsquo;insistance \u00e0 l&rsquo;appeler \u00ab\u00a0Grand-m\u00e8re\u00a0\u00bb ou les adieux en vitesse    parce qu&rsquo;on \u00e9tait press\u00e9 de rentrer pour ne plus donner de nouvelles pendant    des mois, jusqu&rsquo;\u00e0 la prochaine fois o\u00f9 on aurait besoin d&rsquo;elle. Quand Estelle    se sentait aigrie, elle aurait voulu \u00eatre riche rien que pour d\u00e9sh\u00e9riter ces    ingrats. Elle se ravisait aussit\u00f4t parce que l&rsquo;amour c&rsquo;est gratuit et qu&rsquo;elle    en avait donn\u00e9 sans compter sans demander quoi que ce f\u00fbt. Sans recevoir non    plus.<br \/>\nLe soir, il lui arrivait des regarder de vieilles photos en noir et blanc    et elle pleurait. Mais pourquoi ces larmes? Parce qu&rsquo;aucune d&rsquo;entre elles ne    symbolisaient de moment r\u00e9ellement heureux, sans cons\u00e9quences catastrophiques    ou blessantes. Elle n&rsquo;avait pas pris la photo qui aurait pu la r\u00e9concilier avec    son existence? C&rsquo;est ce manque qui lui provoquait ces diarrh\u00e9es lacrymales?    Ou est ce parce qu&rsquo;il n&rsquo;y avait jamais eu d&rsquo;instants pareils \u00e0 immortaliser?<br \/>\nMaintenant il n&rsquo;\u00e9tait plus question de verser de larmes dans la blancheur immacul\u00e9e    de ce d\u00e9sert. Il n&rsquo;\u00e9tait plus question de salir, elle faisait attention \u00e0 ce    qu&rsquo;\u00e9galement ses pas soient invisibles. Elle avan\u00e7ait vers la prochaine porte.<br \/>\nUne porte s&rsquo;ouvrant sur une rue sombre, la sienne. Elle reconnaissait la fa\u00e7on    dont les lampadaires \u00e9clairaient les flaques d&rsquo;eau constamment nourries des    pluies incessantes. Avec les ann\u00e9es, Estelle avait appris \u00e0 conna\u00eetre par c\u0153ur    son paysage en forme de d\u00e9cor de cin\u00e9ma pour polar noir. Le carrefour formait    la limite de droite et les n\u00e9ons de la boulangerie \u00e9taient constamment en panne,    ce qui faisait qu&rsquo;\u00e0 chaque soir, apr\u00e8s le travail, elle avait l&rsquo;impression de    passer \u00e0 cot\u00e9 d&rsquo;une ambulance. Quelques m\u00e8tres plus loin son immeuble semblait    sortir du temps. Il \u00e9tait un vestige des immeubles construits apr\u00e8s 1962 pour    accueillir la nouvelle masse d&rsquo;immigr\u00e9s. Un bloc carr\u00e9 avec des fen\u00eatres, une    image de solidit\u00e9, une prison pour personnes qui n&rsquo;ont rien fait ou pas encore.    Sa vie \u00e9tait alors un film sur fond de chanson de Renaud.<br \/>\nA la vue de son quotidien la panique la prit. Elle regarda son idole et lui    cria presque:<br \/>\n&#8211; C&rsquo;est fini? Vous me renvoyer chez moi comme \u00e7a? Ne me dites pas que c&rsquo;est    la fin!!<br \/>\nHumphrey Bogart la regarda et lui d\u00e9cocha un sourire complice.<br \/>\n&#8211; Non ce n&rsquo;est pas fini, cela d\u00e9pend de vous.<br \/>\nApr\u00e8s le d\u00e9part de ses enfants, Estelle s&rsquo;\u00e9tait renferm\u00e9e sur elle-m\u00eame. Elle    aurait pu s&rsquo;int\u00e9resser au monde mais celui-ci avait trop chang\u00e9. Il \u00e9tait devenu    dangereux, le moindre coin de rue recelait plus de risques que la jungle de    Tarzan. Les gens s&rsquo;\u00e9taient adapt\u00e9s \u00e0 l&rsquo;obscurit\u00e9 comme \u00e0 l&rsquo;air du temps. Ils    sortaient des ombres laiss\u00e9es par les n\u00e9ons pour mieux s&rsquo;abattre sur les faibles,    les vieux, les malades les femmes. Les dangers rev\u00eataient souvent des formes    \u00e9trang\u00e8res, ce qui \u00e9tait incompr\u00e9hensible pour quelqu&rsquo;un nourri d\u00e8s le plus    jeune \u00e2ge au fanatisme gaulliste et r\u00e9publicain. Elle avait cru vivre dans un    pays libre et s\u00e9curis\u00e9 mais pendant qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas v\u00e9cu, d&rsquo;autres g\u00e9n\u00e9rations    avaient pris possession des rues, des g\u00e9n\u00e9rations qui m\u00e9prisaient dans leur    ignorance tout ce qu&rsquo;une femme comme Estelle pouvait repr\u00e9senter. Ce que la    t\u00e9l\u00e9 appelle pudiquement les \u00ab\u00a0jeunes\u00a0\u00bb \u00e9tait un ph\u00e9nom\u00e8ne bizarre qui pr\u00e9f\u00e9rait    se nourrir de ses semblables, des gens qui partagent les m\u00eame H.L.M.s et les    m\u00eame conditions de vie que de se rebeller r\u00e9ellement contre des puissants de    toutes fa\u00e7ons acquis d&rsquo;avance. Ces \u00ab\u00a0jeunes\u00a0\u00bb \u00e9taient cannibales, ce qui \u00e9tait    aberrant pour elle. Estelle n&rsquo;\u00e9tait pas vraiment raciste mais elle se sentait    vieille et elle avait peur. Elle \u00e9tait fatigu\u00e9e \u00e9galement. Elle en avait marre    de cette peur qui lui faisait comme un cancer de l&rsquo;estomac depuis des ann\u00e9es.    Tout \u00e9tait dangereux de nos jours. Traverser la rue \u00e9tait presque un acte courageux.<br \/>\nEstelle avait travers\u00e9 la rue ce matin l\u00e0. La lumi\u00e8re du phare de la voiture    en face \u00e9tait aveuglante. Tout fut blanc.<br \/>\n-Je suis morte n&rsquo;est- ce pas? Annon\u00e7a-t-elle.<br \/>\n&#8211; Oui!<br \/>\nL&rsquo;homme en face d&rsquo;elle n&rsquo;avait cess\u00e9 de sourire et il \u00e9tait plus s\u00e9duisant    que jamais. Estelle respira un grand coup cet air chaud et garda avec elle le    sourire d&rsquo;un autre jeune homme connu il y a des ann\u00e9es, peut-\u00eatre le reverrait-elle?    Puis elle pensa \u00e0 la musique d'\u00a0\u00bbAutant en emporte le vent\u00a0\u00bb elle sourit en fermant    les yeux.<br \/>\n&#8211; Dieu existe-t-il vraiment?<br \/>\nL&rsquo;homme de Rio partit d&rsquo;un grand \u00e9clat de rire avant de r\u00e9pondre:<br \/>\n-Non!<br \/>\nAlors rassur\u00e9e, elle referma la porte sans remords.<\/p>\n<p align=\"center\"><strong>FIN<\/strong><\/p>\n<p align=\"center\"><em>A ces femmes merveilleuses du baby-boom<\/em><\/p>\n<p align=\"center\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"center\"><em>Eddy Van Leffe.<\/em><\/p>\n<p align=\"center\"><font size=\"4\"><a href=\"http:\/\/www.masog.net\/?page_id=13\">Retour<\/a><\/font><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9crit par Eddy van leffe. BLANC. Blanc comme une lumi\u00e8re aveuglante d&rsquo;un phare Blanc comme le sable pur des d\u00e9serts berb\u00e8res. Estelle marchait pieds nus sur ce sable. Elle souriait \u00e0 l&rsquo;homme en face d&rsquo;elle. Celui-ci la devan\u00e7ait toujours par sa d\u00e9marche alti\u00e8re. Ses dents d&rsquo;une blancheur \u00e9clatantes que seules ont ces stars hollywoodiennes, lui [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":13,"menu_order":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-16","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/masog.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/16","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/masog.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/masog.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/masog.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/masog.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/masog.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/16\/revisions"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/masog.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/13"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/masog.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}